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Le mot scoubidou évoque immédiatement ces cordons colorés et tressés dans les cours d’écoles. Mais ces fils de plastique ont également permis de réaliser des meubles et des objets durant des décennies.

L’histoire

Fauteuil design ARP, P.Guariche, M.Mortier et J.A. Motte de 1958, édité par Steiner. 500 € à 800 €. Aladin Magazine — AuthenticDesign.frDifficile de remonter avec précision aux origines des meubles en fils colorés. On trouve des créations de Louis Sognot au début des années 1950, peut-être le premier designer européen à s’être emparé de cette technique. A cette époque, les fils de plastique sont associés à des structures en bois, pour former les assises et dossiers de chaises ou de fauteuils. L’un des modèles les plus emblématique de cette production et qui connaîtra un immense succès mondial, est un fauteuil baptisé « Acapulco ». On ne connaît pas son créateur, juste sa provenance : le Mexique.

Ce qui s’apparente à une légende plus qu’à une certitude, attribue la paternité à un touriste qui aurait dessiné ce modèle en s’inspirant du confort des hamacs. La fabrication commence effectivement en Amérique latine dans les années 1950 et ne s’est jamais interrompue depuis. De nombreux éditeurs et fabricants se sont aisément emparés de ce design étant donné qu’il n’appartient à personne et que le modèle n’a pas été déposé à l’origine !

Photo tirée du fil « Mon oncle » de Jacques Tati en 1958. Aladin Magazine — AuthenticDesign.frD’autres fauteuils célèbres, dit « coquetiers », sont des accessoires du décor du film « Mon oncle » de Jacques Tati en 1958. Les fils plastiques sont tendus sur des armatures métalliques pour former l’assise et le dossier. Ils sont conçus par Pierre Guariche, Joseph-André Motte et Michel Mortier, trio de designers qui composent alors ARP, l’Atelier de Recherche Plastique.

Des scoubidous, bidous ahhh

En 1959, le mot « scoubidou » se démocratise, notamment grâce au tube éponyme interprété par le jeune Sacha Distel. Il ne signifie rien de précis : on dit par exemple « qu’est-ce que c’est que ce scoubidou ? » lorsqu’on ne connaît pas le nom ou l’origine d’un objet. Dans les années 1960 et le début des années 1970, l’essor du plastique confirme le succès de ce matériau.

Brigitte Durieux, experte CEFA « De nombreux industriels se sont emparés de cette technique qui avait l’avantage de relooker rapidement leur mobilier. En conservant les armatures des chaises, il suffisait de remplacer les plaques de tôle de l’assise et du dossier par des fils de couleurs pour rester dans la tendance du moment ! ».

Pour coller à la tendance de l’époque de nombreux éditeurs de mobilier vont utiliser cette technique. Par exemple l’éditeur Meubles TV produira dans les années 1960 des chauffeuses dessinées par André Monpoix, en tubulure métallique laquée noir et fils plastique. La maison Tolix, bien connue pour ses créations métalliques ne déroge pas à cette mode, avec une réinterprétation de la célèbre chaise T37 ou T4 dans les années 1960.

Dans un autre registre Tolix produira aussi des fauteuils avec le modèle « plastic armchair big model ». Grands fauteuils confortables, destinés aux hôpitaux ou maisons de retraite, ils permettaient aux patients de se reposer en dehors du lit tout en étant confortablement installés. Le design est signé de Jean Pauchard dans les années 1960, le fils de Xavier Pauchard créateur de la marque Tolix. Ce fauteuil sera fabriqué jusqu’en 1999.

Un autre éditeur d’assises de l’époque, Stella, fait lui aussi une entorse à son style pour y intégrer les fameux scoubidous. Délaissant le bois, son matériau de prédilection, la maison Stella fabriquent des fauteuils en tubulure métallique pour pouvoir y enrouler les joncs de plastique.

A la suite du premier choc pétrolier en 1974, la production marque un coup d’arrêt. En effet, ces fils sont fabriqués à partir de pétrole comme la plupart des composants plastique. Dans les années 1980-90, la mode revient avec notamment la chaise « Spaghetti » dessinée par Giandomenico Belotti, puis plus récemment avec la gamme « Tropicalia » dessinée par Patricia Urquiloa dans les années 2000.

La technique

Appelé aussi jonc de plastique, de part sa ressemblance avec l’osier, le fil est en PVC extrudé. Teinté dans la masse, il existe dans toutes les couleurs. Allant généralement de 3 à 5 mm de diamètre, ces fils peuvent être tendus sur des armatures ou tressés.

Julien Adam et Nicolas Garet, dirigeants de l’entreprise Boqa qui édite le fauteuil Acapulco : « Un fabricant du nord de l’Europe a bien tenté de nous empêcher de réaliser nos modèles, mais ne pouvant produire aucun élément probant devant la justice, il a fini par renoncer ».

Aladin Magazine — AuthenticDesign.frLa tension des fils est un facteur important dans la réalisation d’un meuble car elle donnera plus ou moins de confort à l’assise. Sur une chaise, on accentuera la tension car le poids est concentré sur une petite surface. Sur un transat, la charge étant répartie sur un plus grand espace, la tension pourra être moindre. De même, l’écart entre les fils sera plus ou moins espacé en fonction de la résistance souhaitée. Selon les modèles et la technique employée, la longueur de fils utilisés n’est pas la même. A titre d’exemple, un fauteuil Acapulco nécessite 80 mètres de fils !

Enfin, la méthode de tressage et la réalisation des nœuds d’arrêt sont identiques à celles du travail de l’osier. Les joncs de plastique sont agencés pour s’auto-bloquer les uns avec les autres et permettre de repartir avec une nouvelle bobine pour terminer un fauteuil par exemple. Mais comme leurs ancêtres en matières naturelles ; ces tressages ou tensions doivent être réalisées à la main. Pas de machines ou de robots pour se substituer à l’homme dans ce domaine.

La restauration

Si vous avez chiné une assise en scoubidou en parfait état mécanique et esthétique, il y a de grande chance pour que cela perdure ! En effet si après une cinquantaine d’années, les couleurs n’ont pas bougé et que les fils ne sont pas coupés, c’est que vous avez vraisemblablement à faire à un modèle de qualité dont on aura pris soin.

Paire de chauffeuses design André Monpoix éditions Meubles TV dans les années 1960, dans leurs jus. Aladin Magazine — AuthenticDesign.frMais ce n’est pas toujours le cas. Deux types de problèmes sont récurrents : la décoloration et la rupture des fils. Certains joncs plastique ne sont pas traités contre les rayons UV, c’est encore le cas aujourd’hui lorsqu’il s’agit de fabrication à petit prix. Les coloris sont donc fragilisés par le soleil, les fils se décolorent sur les zones exposées alors que les couleurs d’origine persistent ailleurs. Le résultat n’est plus uniforme et peu esthétique pour ces meubles dont l’attrait vient souvent de la vitalité des couleurs.

Par ailleurs après plusieurs décennies il n’est pas rare de trouver des fils coupés, voire manquants ! Dans ces deux cas, une restauration s’impose, c’est ce que propose Julien Adam et Nicolas Garet (sauvezlesmeubles.fr). Le coût du transport et de la main d’œuvre peut être un frein à la restauration car ce type de mobilier, généralement anonyme, atteint rarement une cote importante. C’est pourquoi ces deux jeunes entrepreneurs proposent de vendre le consommable en direct. Ainsi vous pourrez commander vos bobines de fils au coloris et au diamètre de votre choix tout en profitant des conseils et du savoir-faire d’un professionnel pour vous accompagner dans votre restauration. Si vous le souhaitez, vous pouvez tout de même leur expédier votre modèle à restaurer.

Texte : Julien Chamoux pour Aladin Antiquites Magazine
Photos : Julien Chamoux et www.sauvezlesmeubles.fr

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