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Les copies vont bon train dans le monde du mobilier design et il n’est pas rare de trouver des sites internet où les prix sont souvent divisés par quatre pour un modèle présenté comme similaire. Une tentation pour certains, une absurdité pour d’autres. Authentic Design s’attachera donc à décrypter les modèles les plus iconiques afin de vous fournir quelques clefs indispensables pour reconnaitre le vrai du faux, l’authentique de la contrefaçon, la valeur du plagiat. Mais commençons par faire un tour d’horizon du marché.

Une question historique…
Acheter une copie revient à retirer tout le sens d’une pièce pour n’en garder que la surface, souvent altérée. Lorsqu’on achète un meuble ou un objet vintage, on y cherche bien souvent l’authenticité, en plus du dessin. On ne saurait donc soustraire l’idée que le design véhicule une intention, « l’intention dans la forme » nous dit d’ailleurs justement Emmanuel Layan, qui précise que « la volonté d’une création à dessein. Sans elle, il n’est pas de design ».

En effet, un modèle authentique ne se réduit pas à une forme, il est le fruit d’une pensée, d’un travail de recherche, d’une conception de fabrication, d’un choix de matériaux, d’une qualité. Il résulte d’une volonté déterminée et construite.

En cela, les copies bon marché, même si elles ressemblent parfois de manière convaincante au dessin originel, se différencient par des « cotes non respectées », comme nous l’explique un spécialiste du design vintage Jean-Eudes Coué. Sans compter les matériaux, de moindre qualité, qui permettent d’afficher des prix ultra-compétitifs. D’autre part, ces distributeurs méconnaissent le droit d’auteur puisque les droits cédés aux éditeurs officiels, ne leur sont pas dûs.

Les rééditions : une bonne alternative

Pour Jean-Eudes Coué, antiquaire de design vintage à Nantes, « les rééditions officielles permettent de cadrer le champ des copies : les dessins et les cotes sont respectés, dans l’objectif de faire perdurer la volonté du designer ». Nous pourrions dire qu’ils contribuent à faire vivre la mémoire de certains designers, à tout du moins de certains modèles, quasi introuvables sur le marché. Il ajoute même que ces vitrines, comme Cassina, Knoll, Vitra ou plus récemment Disderot, « peuvent être une porte d’entrée pour les amateurs de design ».

Pour lui, il est plus intéressant d’acheter une réédition du tabouret Berger de Perriand chez Cassina, qui ne perdra pas sa valeur, plutôt que d’acheter une copie qui aura dénaturé le design d’origine, aux finitions grossières. Une pièce de mobilier authentique, qu’elle soit ancienne ou même rééditée, aura donc non seulement tous les attributs intrinsèques du créateur mais gardera toujours une certaine valeur, monétaire et historique.

Le faux : rarement une bonne affaire dans le temps

En effet, sans avoir un sentiment de propriété très développé, il est important de penser à la revente ou anticiper un renouvellement dans l’un de nos achats aujourd’hui. Une copie n’a et n’aura jamais aucune valeur et son prix, même bas, constitue donc une perte pure et simple.

L’écart de prix entre un modèle à 2000 euros et une copie 4 ou 6 fois moins chère s’explique de plusieurs façons : le coût de la main d’œuvre intervient pour une partie mais ce n’est pas suffisant. La qualité des matériaux est obligatoirement revue à la baisse, « il est d’ailleurs techniquement inintéressant de copier des lumières techniques car leur coût de production reviendrait au prix de vente », comme nous le rappelle M. Coué. Le cuir choisi est particulièrement fin et peu résistant, les aciers sont mal laminé et mal chromés, les soudures sont souvent grossières, le rembourrage de mousse est bas de gamme. Les plastiques utilisés sont mauvais, cassants et ne possèdent forcement pas les propriétés du modèle initial… Il est pourtant souvent difficile pour un œil peu averti de discerner la ligne originale de celle d’une copie surtout si vous n’avez pas les deux modèles ensemble.

Le plus bel exemple est probablement l’illustration du fauteuil de Charles et Ray Eames qui souhaitaient « procurer la meilleure qualité possible, au plus grand nombre et au meilleur coût ». Ce fauteuil est aujourd’hui largement copié et représente une économie parallèle importante. Pourtant, la confrontation d’une copie et de l’original est sans appel. La ligne n’est pas respectée, le plastique est cassant (les chaises d’origine sont d’ailleurs réalisées en fibre de verre), la couleur inadéquate et la finition aléatoire…

Pas de copies sur le design confidentiel

Bien sûr, à choisir entre une pièce d’origine et sa copie, tout le monde choisit le vrai. Mais le budget est bien la clé du succès des sites peu scrupuleux. Franck Tessier, marchand de design vintage, et Jean-Eudes Coué, sont unanimes : « pour chiner des pièces authentiques sans risque, l’idéal est de s’intéresser aux designers moins grand public. Les dessinateurs français, comme Gilles Saint Gilles, décorateur français, mais aussi certains designers italiens ou même américains ». Les éditions confidentielles qui « s’adressent à une clientèle avisée » n’ont en effet aucun intérêt pour les copieurs, qui ont besoin de produire en très grande quantité et s’attachent donc à reproduire les designers les plus connus – et coté – à savoir Le Corbusier, Eames, Bertoïa, Mouille ou encore Mies Van Der Rohe.

En parallèle, certains objets à grande valeur esthétique et historique, parfois même des pièces uniques, seront donc plus facilement traçables, et moins onéreuses que des pièces authentiques signées de grands noms. C’est le cas par exemple de meubles conçus sur commande pour les hôtels, ou encore des petites éditions.

Côté rééditions, Franck Tessier conseille de garder un œil sur les finitions (notamment les soudures et les coutures, souvent trop épaisses) et nous explique qu’« un LC2 sera par exemple gravé et numéroté sur la structure par Cassina, ce qui permet de vérifier facilement qu’il s’agit d’une reproduction officielle ».

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