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Le Musée des Arts décoratifs d’Oslo consacre, jusqu’au 15 mai 2016, une rétrospective au designer norvégien Terje Ekstrøm. Cette exposition raconte pour la première fois l’histoire de la pratique du design d’Ekstrøm, caractérisée par l’enthousiasme créatif et la quête d’originalité. Avec Svein Asbjørnsen, Svein Gusrud, Terje Meyer et Peter Opsvik, ils ont participé à redéfinir les caractéristiques du design norvégien.

 

Terje Ekstrøm, une identité atypiqueUn parcours atypique et une pop culture

Obtenir un diplôme supérieur était quelque chose d’inhabituel dans la famille de Ekstrøm. Avant d’entrer à l’Ecole Nationale d’Art et de Design d’Oslo (SHKS), il a suivi un apprentissage de menuisier-charpentier puis de tapissier. Ce double parcours lui permit de naviguer aussi bien dans un contexte artisanal que dans des concepts de développements industriels. Ekstrøm fut un étudiant très sérieux quoique peu intéressé par la théorie. Deux éléments apparaissent avoir influencé son travail. L’enseignement de l’analyse de la valeur et le discours du designer et activiste Victor Papanek en 1968, lors de la célébration des 150 ans de l’Ecole de Design (SHKS). La méthode de l’Analyse de la valeur permet d’éliminer les composants inutiles d’un processus de production et de centrer l’approche sur la fonction. Elle fut intégrée dans le parcours de designer à la fin des années 60. Le message de Papanek demandait aux designers d’arrêter de dessiner des objets industriels et de consacrer leur créativité à résoudre les problèmes que l’on nommerait aujourd’hui des problèmes de développement durable. Perdu comme des exemples par de nombreux designers, les projets d’étudiant ont cette année la, été fortement marqué par cette vision.

1964-1968, une période pivot

La période1964-68, pendant laquelle Ekstrøm étudiait à Oslo, est représentative de changements dans l’histoire du design norvégien. D’abord, le statut de designer, entre 1960 et 1970, accède à une certaine forme de reconnaissance. C’est aussi le temps de la célébration des produits issus de l’industrie avec la création de prix, de concours et autres reconnaissances annuelles. Les exportations de produits manufacturés sont en augmentation et l’industrie marche bien. Les fabricants accordent plus d’importance à la « recherche et développement » et les procédés de traitement du laminé s’améliorent. Ingmar Relling mettra au point le célèbre fauteuil « Siesta », lancé en 1965, puis Elsa et Nordahl Solheim sortiront le fauteuil « Kengu » l’année suivante.

Terje Ekstrøm, une identité atypiqueLa culture alternative est omniprésente dans ses projets d’étudiant

La « Maison Hexagonale », un travail d’étudiant réalisé pour les 150 ans de l’école, montre une approche forte pour la recherche d’idées alternatives et la pop culture. Il développera l’idée d’une maison qui s’adapte dans le temps, qui évolue en fonction des besoins. On commence avec un simple module hexagonal de 15m2, puis on ajoute, en fonction des besoins, des modules supplémentaires. La maison hexagonale devait être facile à monter, peu cher, flexible et mobile facilement.

 

Terje Ekstrøm, une identité atypiqueDesigner industriel à Sandberg Radiofabrikk

Après son diplôme en 1968, il travaille comme designer Industriel pour Tandberg Radiofabrikk. Il y dessinera une grande variété de système audio jusqu’en 1977. Tandberg Radiofabrikk comptait déjà Peter Opsvik et Inger Johanne Fosheim, deux autres figures du design norvégien, dans leurs équipes. Ensemble, ils ont contribué à transformer cette usine pour en faire une entreprise « cool » de bonne réputation technique et de qualité à des prix raisonnables. Tandberg magnétophones a dominé le marché norvégien. Pendant cette période, la masse salariale est passée de 1000 à 3500 employés.

On raconte que c’est sur des magnétophones à bobines Tandberg que le président John F. Kennedy a enregistré de nombreuses réunions dans la salle du Cabinet de la Maison-Blanche, y compris ceux liés à la crise des missiles de Cuba.

 

Terje Ekstrøm, une identité atypiqueTerje Ekstrøm, une identité atypiqueUne recherche d’originalité et d’indépendance

Entre 1970 et 1980, au travers de ses propositions, il représente une figure de la nouvelle génération de designers qui contribuent à repousser les codes et les idées de l’âge d’or du design Scandinave. L’époque est caractérisée par des changements socio-culturels importants. Une forme de rébellion et de protestation contre la production de bois sombres représentée par le « design Scandinave » s’installe. Les recherches de Terje Ekstrøm contribuent a insuffler une nouvelle vitalité sur la scène du design norvégien. En effet, depuis le milieu des années 60, les designers norvégiens étaient allés chercher des sources d’inspiration au Danemark ou en Suède, alors que Terje Ekstrøm avait développé un langage unique et montré une sensibilité propre. En 1980, un groupe de designers norvégiens avait célébré le changement dans une mise en scène funéraire en noyant une représentation du « design Scandinave », vu comme une philosophie anachronisme, dans le fjord d’Oslo.

Les années 80 et le Groupe Memphis

Au début des années 1980, Terje Ekstrøm est invité par le ministre de la culture pour une émission télévisée « på plakaten » en compagnie de Annifrid Lyngstad du groupe ABBA et de Peter Opsvik (designer). Son fauteuil « ekstrem » est devenu un succès international et représente une modernité futuriste. Pendant l’été 84, la galerie F15, près de Moss, inaugure l’exposition du Groupe Memphis. Le mouvement postmoderniste international apportait une vision et des idées, dans la notion de fonction, qui ont été autant de stimuli culturelle et de forts débats. La même année, le fabricant Hjellegjerde Mobelfabrikk lance la production en série du fauteuil « Ekstrem » dessiné en 1972. Aujourd’hui, ce fauteuil est perçu comme le première fauteuil figurant la postmodernité norvégienne. Quoi qu’il en soit, son design invite a de multiple interprétation. Elle a été choisie pour figurer dans la série TV « Star Trek Voyager » dans les années 90, soit plus de 20 ans après son design.

 

Kunstindustriemuseet – Oslo

 

Terje Ekstrøm, une identité atypique

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