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Dino Gavina, homme subversif, à la fois entrepreneur et personnage du design italien, a marqué de ses multiples collaborations l’histoire du mobilier et du luminaire, conçue en référence au fonctionnalisme rationaliste, en y ajoutant le génie de la créativité.

GavinaLe design comme phénomène culturel. Pour Gavina, il s’agit avant tout de produire en série des pièces conçues par des travailleurs esthétiques*. Il déclarera d’ailleurs en 1967 que « la production est le moyen de communication le plus efficace de notre temps, un moyen qui peut être utilisé comme véhicule de stupidité ou de civilisation ». Gravitant autour du mouvement Dada, un des enjeux de sa méthode est de regarder les objets du passé, de les sortir de leur contexte historique et parfois d’usage, toujours dans un pré-requis de production industrielle, en série. L’exemple le plus parlant est le tréteau « Cavaletto », sorti de son contexte d’atelier de menuisier, produit par Gavina sur les indications de Pier Giacomo Castiglioni et présenté par la suite dans le catalogue Metamobile.

Lucio Fontana : l’entremetteur inspiré

GavinaOn peut dire que tout commence – ou presque – en 1953, quand le grand Lucio Fontana, lors de la préparation de la dixième triennale de Milan, présente Dino Gavina à Carlo Mollino, Carlo De Carli et Pier Giacomo Castiglioni. Des rencontres qui feront l’histoire puisque sept ans plus tard, Gavina créé Gavina s.p.a. : Carlo Scarpa, figure emblématique du design italien, en devient le Président et c’est là que les frères Castiglioni vont dessiner le fauteuil Sanluca, un succès, Marco Zanuso la chaise Lambda et Tobia Scarpa, le fils, le lit Vanessa, toujours ré-édité chez Cassina au sein de la Simon Collezione.

En 1962, Gavina décide de créer la Flos, éditeur de luminaires, aux côtés Cesare Cassina, afin d’apporter la pièce qui manquait à l’édifice pour créer un ensemble complet de propositions d’objets domestiques. Elle éditera le lampadaire Arco des frères Castiglioni la même année. C’est un succès à l’époque et cela le reste cinquante ans plus tard.

La production en série : clé de voûte d’une méthodologie esthétique

D’un voyage à New-York en 1962 pour rencontrer Marcel Breuer, naît un autre moment phare de l’histoire de l’homme : la décision de produire en série ses prototypes datant de l’époque du Bauhaus (la table Laccio, le fauteuil Wassily ou encore la chaise Reclining). Gavina expliquera son obsession pour la production en série en déclarant : « J’ai toujours eu une grande confiance dans le potentiel culturel et esthétique implicite dans l’industrie ».

Car là est le cœur du sujet : ne pas s’adonner à la mode ou au style mais créer des objets usuels à valeur esthétique, comme « des provocations formelles et culturelles »*. « J’aime essayer de construire des objets capables de défier le sable et l’oubli du temps et des modes », Dino Gavina

GavinaLa fin de Gavina s.p.a en 1968 (revendue déficitaire à Knoll) ne sonne pas la fin de l’aventure puisque la même année, la Simon International voit le jour autour de représentants du design : Maria Simoncini, Enzo Mari, Carlo et Tobia Scarpa et Kazuhide Takahama. Va alors s’appliquer une méthode d’industrialisation d’éléments à assembler, garantissant ainsi qualité et quantité, au travers des concepts modulaires et d’initiatives expérimentales comme l’Ultrarazionale, l’Ultramobile, le Metamobile ou le Paradisoterrestre.

On en retient par exemple la table Doge (Carlo Scarpa), la table Delfi (Travail collaboratif entre C.Scarpa et Marcel Breuer à partir d’un modèle de 1930 de Breuer) ou Bramante (Kahuzide Takahama), meuble qui met en exergue les qualités du laquage.

* Virgilio Vercelloni, L’aventure du design : Gavina, Jaca Book.

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