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C’était à l’espace 12 Drouot, face à la célèbre salle de ventes. Pour sa première participation aux D’Days, l’institution présentait un designer et son projet sur le thème de l’Expérience. Au cœur de l’exposition « Intérieur-Extérieur-Passage », rencontre exclusive avec Samuel Accoceberry, qui revient sur son parcours et livre pour Achille.Paris sa vision du design, à la fois poétique et terre à terre.

Samuel Accoceberry

Un projet révélateur d’une vision du design

Fruit d’un travail de dix-huit mois dans le cadre d’une résidence à Nontron, dans le Périgord vert, cette exposition nous propose un projet porté à huit mains. Trois professionnels des métiers d’art ont collaboré avec Samuel Accoceberry pour créer, façonner et raconter une histoire de terroirs, de rencontres et de création.

Justement, qu’en est-il du lien que Samuel Accoceberry entretient avec l’artisanat ?

Le « savoir-faire patrimonial » est un terme qui revient à plusieurs reprises lors de notre conversation. Et en effet, le designer ne manque pas de collaborer avec des entreprises aux savoir-faire régionaux depuis de nombreuses années, comme Alki ou Bosc, pour pousser l’artisanat à aller plus loin techniquement. Ces rencontres se cristallisent en objets, porteurs d’histoire(s). Ne pas dénaturer mais apporter un esprit contemporain. Préserver l’histoire de l’objet tout en lui conférant une forte dimension graphique. Jouer le jeu des couleurs et des proportions, dans une justesse de ton. Ne pas oublier sa fonction ni par qui il est réalisé. C’est à tout cela que prête attention Samuel Accoceberry et qui ressort amplement du projet de Nontron.

Entre « un abécédaire chromatique et de formes » de poteries en grès, issu d’une collaboration avec Kristiane Hink, une première pour le designer qui souhaitait travailler la céramique, un garde-manger moderne en bois et laine inspiré des greniers à fruits et les étagères bois + bois, bardées de lattes souples comme l’étaient les séchoirs à tabac dans le Périgord, on ressent le patrimoine régional comme l’identité de chaque acteur dans toutes les créations. Sans oublier le « rythme graphique de l’objet », cher au designer et sans qui le résultat ne serait pas aussi sculptural.

Samuel AccoceberryCéramique, mobilier, textile… un touche à tout qui le revendique

Pour Samuel Accoceberry, les différents domaines du design peuvent s’assimiler à des langues. Et plutôt que d’être bilingue, le designer a choisi de devenir polyglotte : de l’entreprise artisanale à la production industrielle, de la vaisselle en passant par le luminaire, le textile, et maintenant la céramique, le créatif ne se limite pas et revendique son métier comme l’exploration du champ des possibles. Ses créations portent toujours une dynamique graphique, discrète mais juste, et singulière. Il nous explique que sa double formation, en design industriel et en art, joue un rôle important dans cette conception du design. Son envie d’étudier la typographie aussi. Il voit dans l’objet une architecture, comme celle de la lettre, à combiner avec les contraintes des matériaux et à faire vivre sans transgresser la fonction de l’objet. Un jeu d’équilibriste auquel il se prête avec brio.

L’humilité : une force pour avancer

Malgré un travail prolifique et reconnu, on est frappé par l’humilité du designer qui ne regarde jamais en arrière. Marqué par des égos surdimensionnés lors de ses premières collaborations, il nous confie faire attention à ne pas s’auto-congratuler et à s’intéresser à l’avenir plutôt qu’aux projets passés. Ce qui l’anime, c’est la création, le façonnage, la découverte et l’échange.

Et l’avenir ? Rencontre avec Samuel Accoceberry

Fidèle à Bosc, spécialiste des canapés, le designer continue à collaborer avec l’entreprise landaise cette année et comme Starck l’a fait par le passé, il signera chez IPI une bento box, des verres et de la vaisselle en mélamine. En course sur un important projet de mobilier urbain de la Ville de Paris, le designer pourrait bien faire parler de lui cet hiver… A suivre avec attention !

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